mercredi 19 septembre 2018
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Les carrés jaunes

Outremont a un problème. Un vrai problème, un gros problème : hormis pour une petite minorité, il existe une difficulté chronique de se comprendre, de s’accepter, de communiquer.

Le conseil d’arrondissement de ce lundi 5 mars a été le théâtre d’un furtif et intéressant débat sur l’incantation désormais traditionnelle : Nous sommes ici en territoire autochtone non cédé. Quelle est sa signification, sa portée ? Comment articuler une vraie réconciliation ?
Un autre débat portait sur la représentativité de l’administration municipale. Quelle place est donnée à la dissidence ?

Hélas, ces questions ont été occultées par les réactions et les commentaires sur les carrés jaunes. Je ne reviendrais pas sur ces faits, ni ceux des autobus scolaires. Ils ont été largement décrits.

Pour comprendre pourquoi un geste anodin heurte tant des sensibilités, il faut nous rappeler l’Histoire :

L’étoile des Juifs, la Judenstern fut l’infâme dispositif de discrimination et de marquage imposé par l’Allemagne nazie aux juifs résidant en zones conquises. Pièce de tissu jaune découpée en étoile de David, elle portait l’inscription Juden, Juif, Jood, etc..
Tragiquement, cet infâme marquage n’était que le prélude à une déportation massive, dans des trains à bestiaux, de millions d’hommes, de femmes et d’enfants vers les camps de la mort.

Le terme Shoah ne signifie pas génocide mais anéantissement. Il traduit la volonté froidement planifiée et méthodiquement exécutée, d’anéantir et d’effacer toute trace de l’existence terrestre du peuple juif, de son parlé, de sa pensée, de son identité.

La Judenstern poursuit une longue tradition d’infâmie imposées aux Juifs au cours des siècles. La première fut conçue au 8e siècle par le calife omeyyade Omar II. Au 9e siècle, le calife abbasside Jafar al-Mutawakkil oblige les non-musulmans à peindre sur leurs demeures des singes pour les juifs et des porcs pour les chrétiens. À la même époque au Maghreb, le cadi Ahmed ben Tâlib impose de porter sur l’épaule un morceau d’étoffe de couleur blanche portant l’image d’un singe pour les juifs et celle d’un porc pour les chrétiens.
Selon un document du 12e siècle, obligation était faite aux Juifs de Bagdad de porter deux insignes, l’un sur le turban et l’autre sur le col. Les femmes devaient porter une chaussure rouge et une chaussure noire, ainsi qu’une clochette à leurs cols ou leurs chaussures.

Importée par les Croisés, la rouelle (l’ancêtre de l’étoile) fut imposée aux Juifs et musulmans par le concile de Latran de 1215.

Instaurée au 16e siècle à Prague, l’étoile jaune a été mise en place par un décret du 1er septembre 1941, signé par Reinhard Heydrich, alors à la tête de l’Office supérieur de la Sécurité du Reich. Tous les Juifs âgés de plus de six ans durent alors la porter de manière bien visible.

Tragiques, inacceptables, honteuses, ces mesures, durant douze siècles, n’atteindront cependant jamais le degré de sauvagerie, de barbarie, d’inhumanité du 3e Reich.

La symbolique du jaune
Dans la symbolique chinoise, le jaune représente la gloire, la sagesse, l’harmonie, le bonheur, la culture. Le jaune est réservé à l’Empereur, c’est la couleur de la royauté.
En Inde, il symbolise la connaissance, la méditation, le renouveau,
En occident, le jaune évoquait le soleil, la lumière, la chaleur, et par extension la vie, l’énergie, la joie, la puissance. Mais au fil du temps (depuis le Moyen-Âge), c’est la couleur dorée qui a absorbé les symboles positifs du jaune. L’or est vu comme la couleur qui luit, brille, éclaire, réchauffe. Le jaune, lui, dépossédé de sa part positive, est devenu une couleur éteinte qui rappelle le déclin, la maladie. Mais, pis, il s’est vu transformé en symbole de trahison, de tromperie, du mensonge. Contrairement aux autres couleurs de base, qui ont toutes un double symbolisme, le jaune est la seule à n’en avoir gardé que l’aspect négatif.

Dans l’enregistrement vidéo disponible en ligne, J’ai écouté et réécouté moultes fois les propos de madame Ginette Chartré en réplique à ceux (méprisants selon moi) de madame Jennifer Dorner à savoir et je la cite : completly ignorant of History.

Vous connaissez, j’en suis persuadé, l’histoire de la seconde guerre mondiale. Vous précisez que dans cette affaire, la symbolique des carrés jaunes n’a rien à voir avec l’Histoire mais avec la couleur des autobus scolaires. Cela est vrai.
Le problème madame est que l’Histoire, elle, a toujours affaire à la symbolique des tissus jaunes. Vous n’y pouvez rien, sinon nier ou accepter; certes pas la dépasser |1!

Un peu plus tard, vous faites référence à vos racines acadiennes, à la déportation, aux souffrances d’un peuple qui a bâti le Canada.
Je vous entends. Mais vos souffrances madame ne confrontent pas celles des autres. Elles s’additionnent.

Pour vivre ensemble à Outremont,  il faut que chacun fasse l’effort que l’Histoire de l’autre soit aussi la sienne.

|1| en référence à votre déclaration : pour avancer, il faut dépasser son histoire

Victor Afriat

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