mercredi 15 mai 2019
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Une itinérance cachée mais réelle

Une itinérance cachée mais réelle

L’itinérance est un phénomène en croissance à Montréal, complexe et qui recouvre une grande diversité de situations, de profils de personnes et de parcours. Afin de témoigner de l’ampleur de cette réalité le RAPSIM (Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal) a produit une nouvelle publication mettant de l’avant divers quartiers de Montréal touchés par le phénomène mais aussi plusieurs visages de l’itinérance.

Au-delà du seul centre-ville, l’itinérance est en effet désormais une réalité bien présente dans de nombreux quartiers: Hochelaga, le Plateau Mont-Royal, le Sud-Ouest, Côte des Neiges, l’Ouest de l’Ile, ou encore Rosemont-Petite Patrie-Villeray.

Voici pour Côte-des-Neiges, le portrait qu’en trace dans ce document, Bernard Besancenot, animateur et agent de liaison avec la communauté pour la cafétéria communautaire MultiCaf .

Les patrouilleurs du poste de quartier Côte-des-Neiges ont recensé, dans la dernière
année, plus d’une quarantaine de personnes en situation d’itinérance, c’est-à-dire
sans toit, été comme hiver. Ces personnes ont souvent des problèmes de santé
mentale, dorment dans les stations de métro, dans les entrées de commerces ou
encore près des guichets automatiques.

Les centres pour femmes reçoivent de plus en plus d’itinérantes qui ont faim, qui transportent des sacs lourds et qui demandent de ne plus leur envoyer de courrier sous prétexte que leur boîte aux lettres est brisée ou que leur appartement est en rénovation. Certaines d’entre elles doivent rester avec un conjoint violent et agresseur, ou s’acoquiner avec le premier venu afin d’avoir un toit pour l’hiver. L’Anonyme et Médecins du monde, qui viennent deux soirs par semaine dans le quartier, rencontrent de plus en plus de gens qui n’ont pas d’adresse. L’urgence de l’hôpital St. Mary’s accueille des personnes de 70 à 80 ans qui viennent y passer la nuit, selon un médecin de l’endroit.
L’Accueil psychosocial du CLSC voit de une à deux personnes sans adresse par semaine. Il existe donc un contraste majeur entre la réalité vécue dans Côte-des-Neiges et les cinq itinérants identifiés dans le quartier à la suite du dénombrement effectué par la Ville de Montréal en mars 2015.

L’adaptation d’immigrants diplômés
Composé majoritairement d’immigrants de première ou de deuxième génération, Côte-des-Neiges est un quartier habité par des personnes issues de différentes cultures, un microcosme où divers langues et dialectes se côtoient. On y trouve plus de diplômés universitaires, mais aussi plus de personnes à faible revenu, qu’ailleurs à Montréal, et près de 74 % des résidants y sont locataires.
La plupart des personnes immigrantes reçues ou réfugiées, après un temps d’adaptation plus ou moins long, trouvent une place au Québec et contribuent à son enrichissement. Le quartier connaît un fort taux de roulement : 51 % de la population a déménagé au cours des cinq dernières années. Les nouveaux arrivants peuvent profiter de la présence de nombreuses ressources et organismes dans le quartier, et rencontrer facilement des concitoyens issus du même pays ou de la même culture qu’eux.
Une fois le temps d’adaptation passé, les familles ou les individus trouvent leur place et s’installent de façon plus durable. Mais plusieurs nouveaux ménages arrivants font tout de même face à des difficultés d’intégration et d’accès à l’emploi qui entraînent des risques majeurs de pauvreté. Et parmi ces personnes plus fragiles, certaines se marginalisent et peuvent vivre des situations d’itinérance.

Le choc des cultures
Des conflits peuvent surgir en raison des différences entre les relations hommes-femmes ici et dans le pays d’origine. Certains couples se défont et des femmes sans formation professionnelle se retrouvent dans des conditions de vie difficiles. Des jeunes adoptent un style de vie occidental et se voient rejetés par la famille, qui se conforme à ses valeurs ancestrales.
Des gens qualifiés dans leur pays d’origine n’ont pas pu faire reconnaître leur expertise et leurs diplômes et doivent retourner à l’école et parfois vivre de l’aide sociale. D’autres ont dû recevoir des soins de santé et les payer à cause du délai de carence de l’assurance-maladie… Autant de situations qui font que, si la plupart des individus passent à travers ces épreuves et trouvent dans leur pays d’accueil une vie satisfaisante, certains se retrouvent laissés pour compte.

Logements insalubres
Certaines personnes logent dans des chambres infestées de punaises de lit, de moisissures, sans eau chaude et parfois sans porte qui ferme de façon sécuritaire. Ces conditions de «logement» s’accompagnent souvent de désaffiliation sociale, de rupture et de solitude, ces personnes n’ayant pas toujours le réflexe de fréquenter les organismes communautaires et les services de santé.
En décembre 2015, l’arrondissement a fermé rapidement une maison de chambres pour des raisons d’insalubrité et à cause de l’état lamentable de la bâtisse. Si certains locataires ont été relogés dans le quartier ou ailleurs, plus de la moitié des résidents de cette bâtisse n’ont plus été revus. Plus de 360 autres logements du quartier sont problématiques et au moins quatre autres maisons de chambres sont dans un état d’insalubrité extrême.
Les personnes en situation d’itinérance dans le quartier Côte-des- Neiges – québécoises d’origine ou issues de l’immigration – préfèrent généralement ne pas utiliser les services offerts au centre-ville. La diversité culturelle, la proximité des communautés d’origine auprès desquelles elles peuvent trouver une certaine solidarité, l’accès à certains services communautaires généraux sont des éléments qui plaisent aux résidents, même marginalisés, et qui les poussent à rester dans le quartier.

Le quartier manque de ressources
L’absence de ressources d’hébergement d’urgence ou transitoire oblige les personnes itinérantes ou à risque de l’être de trouver des solutions alternatives pour ne pas passer la nuit dans la rue. De nombreuses personnes partagent des chambres ou des petits appartements malgré les menaces d’expulsion dues aux conditions d’hygiène et à la dangerosité des lieux.
Seulement une intervenante pour les aînés et deux travailleurs de rue pour les jeunes sont sur le terrain. L’équipe du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) a un mandat à la grandeur d’un territoire plus vaste et ne peut s’investir pleinement dans le quartier. La cafétéria communautaire MultiCaf qui offre aussi un service de banque alimentaire a servi plus de 63 000 repas du midi en 2014- 2015, pour une moyenne de 255 repas par jour, et plusieurs personnes en profitaient pour se doucher. Mais une fois les portes de l’organisme fermées, ces personnes sont livrées à elles-mêmes.

Photo : Claude Majeau / La cafétéria communautaire MultiCaf

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