mardi 16 octobre 2018
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Les restos et épiceries insalubres  sous la loupe

Les restos et épiceries insalubres sous la loupe

La Ville de Montréal a mis à l’amende 24 restaurants et autres établissements dans l’arrondissement depuis les deux dernières années pour le non-respect des normes hygiéniques.

Entre janvier 2012 et mars 2013, la police alimentaire a condamné 187 établissements qui vendent ou manipulent des aliments à Montréal. La liste des contrevenants condamnés, disponible sur le site de la Ville de Montréal, en dénombre 13% dans CDN-NDG. Il y a eu une demi-douzaine de fautifs sur l’avenue Victoria. Le journal a rendu visite à quelques commerces.

Briser le silence
«Les aliments indiens, antillais, sri lankais et du Bangladesh», lit-on sur l’affiche du Marché Victoria Oriental, 6324, avenue Victoria. Dans un coin, l’employé manipule des pièces de viande et des poissons. Il les met dans des seaux en plastique couverts, d’où émane une odeur nauséabonde. Le gérant refuse de parler de l’amende du 29 octobre dernier pour un incident survenu en juin 2012. Quant aux mesures prises pour remédier à la situation : «Je n’en sais rien», dit-il. Et le propriétaire? «Il est en vacances». Il ne connaît pas le numéro de son patron et ne sait pas quand il sera de retour. «Non, vous ne pouvez pas prendre de photos», martèle-t-il avec angoisse.

«Êtes-vous venue pour collecter de l’argent?» demande une employée au Marché Jolee. Une fois rassurée, elle suggère d’appeler son patron. Par chance, le patron de la boucherie-épicerie répond. Il admet qu’il a été obligé de remplacer un réfrigérateur qui ne fonctionnait pas très bien et d’intensifier ses efforts pour lutter contre une infestation de souris.

Avenue Victoria. Dans une autre épicerie, le propriétaire avoue qu’il a aussi des problèmes de rongeurs. Il accepte de témoigner sous anonymat par crainte de représailles. «L’immeuble est très vieux. On fait notre possible pour contrer l’infestation de rats. On fait systématiquement appel aux exterminateurs. On paye 400$ par mois, mais rien ne change…» Il dit que le problème touche tout l’immeuble et non pas seulement son commerce. Toutefois, le propriétaire de l’immeuble (un homme très riche) n’intervient pas adéquatement et les rongeurs reviennent malgré des traitements réguliers.

Un peu plus loin sur la même rue, le Marché Kim Po propose un éventail d’aliments à bas prix. Tout semble en ordre. Les clients sont nombreux, le personnel est poli. L’odeur tenace de poisson emplit le magasin, mais rien ne laisse croire que le 26 mars dernier, cette boucherie-épicerie a reçu une amende salée. Mme Sir a accepté de parler de sa contravention de 3000$. «L’inspecteur a constaté que ce n’était pas assez propre ici. Il a également relevé des signes de présence de rongeurs.» Depuis, Mme Sir a embauché plus d’employés pour mieux entretenir son commerce et fait des traitements contre les rongeurs. «On fait le ménage chaque jour. Mais ce que je trouve dommage, c’est de recevoir une amende pour certaines étiquettes rédigées en anglais. Mes employés sont asiatiques et parlent peu français. Il leur arrive de remplacer un mot français par un mot anglais. Je n’ai pas toujours le temps de vérifier chaque étiquette», admet la propriétaire qui s’exprime difficilement en français.

Le cas de Tombouctou
La barrière de la langue existe d’ailleurs chez la plupart des commerçants et restaurateurs que nous avons visités. Plusieurs ne comprennent pas le français et nous ont parlé en anglais. Samba Seck, propriétaire du restaurant africain Tombouctou, sur Côte-des-Neiges, raconte que ça lui a joué un mauvais tour lors de la visite de l’inspectrice en 2011. Son employée de cuisine, ne comprenant pas les critiques et les commentaires de l’inspectrice, continuait de sourire par timidité et c’est ce qui aurait provoqué la colère de l’inspectrice, selon lui. M. Seck ajoute qu’il en subit encore les conséquences depuis la parution d’un article dans Le Journal de Montréal. «Mes revenus ont chuté de 70%. J’ai perdu énormément de clients qui ignorent que l’incident a eu lieu il y a deux ans et qu’on a respecté des recommandations de l’inspectrice. On a remplacé la friteuse, on nettoie mieux la cuisine, on chasse des rongeurs», dit-il.

La méthode d’inspection
Effectivement, les contrevenants se conforment dans les délais aux demandes des inspecteurs pour éviter une autre amende. La police alimentaire mise en place par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) agit de sorte à prévenir les récidives. «L’inspecteur va corriger la problématique sur le champ et retourne voir si l’établissement a maintenu les corrections de l’inspecteur. On veut que l’établissement se prenne en charge et se contrôle», affirme Johanne Minville, conseillère en salubrité des aliments du MAPAQ.

Parmi les établissements fautifs, rares sont ceux qui ont mis en doute le professionnalisme des inspecteurs. Le restaurant Pacini et le restaurant Pho Hoa sur le chemin de la Côte-des-Neiges ont payé une amende, mais les propriétaires n’en gardent aucune rancune. «Il ne faut pas se sentir visé, mais essayer de remédier à la situation. Ce sont des choses qui arrivent…», témoigne Jean Lepage. Le propriétaire de Pacini est très satisfait de la méthode d’inspection du MAPAQ, qu’il juge efficace.

Rappelons que cette méthode appelée couramment la méthode des cinq «M» vise à identifier les éléments et les points critiques en analysant les aliments (matière), les opérations de préparation ou de transformation (méthode de travail), l’équipement (matériel), l’hygiène du personnel (main-d’oeuvre) et l’environnement de travail (milieu).

Nom Rue Date de l’infraction Amende
Marché Kim Po Av. Victoria 12 avril 2012 3000 $
Restaurant Pacini Ch. de la Côte-des-Neiges 12 septembre 2012 1500 $
Super Marché S.P.S. Av. Victoria 14 août 2012 250 $
Antonios Koulakis Kosmos snack bar Rue Sherbrooke Ouest 17 avril 2012 2500 $
Marché Kushiyara Av. Victoria 6 février 2012 5000 $
R.E.A.L. Bagel Ch. Queen-Mary 21 juin 2012 1800 $
Café Dizingoff Av. de Westbury 10 août 2012 1000 $
Les Aliments Esposito Rue Sherbrooke Ouest 8 mai 2012 4000 $
Restaurant Mike’s (Fermé changement d’exploitant) Ch. de la Côte-des-Neiges 4 novembre 2011 1200 $
Pizza Pita Boul. Décarie 23 janvier et 09 février 2012 4000 $
La Belle Province Boul. Décarie 10 janvier 2012 1000 $
Irina Semenov Charcuterie Absolut Plus Boul. Décarie 8 juin 2012 2000 $
Restaurant La Saigonaise (Fermé changement d’exploitant) Ch. de la Côte-des-Neiges 13 octobre 2009 1250 $
Marché Jolee Av. Victoria 15 juillet 2011 4000 $
Exception 2 MK (Fermé) Ch. Queen-Mary 25 janvier 2012 1400 $
John Ferezis Restaurant Queen Mary Ch. Queen-Mary 2 novembre 2011 1500 $
Marché Victoria Oriental Av. Victoria 19 juin 2012 1800 $
Restaurant Tombouctou Ch. de la Côte-des-Neiges 21 septembre 2011 1200 $
Fruits Monkland Av. de Monkland 13 juillet 2011 7500 $
Boulangerie Kascher de Montréal Av. Van Horne 29 mai 2012 2400 $
Restaurant Cari de l’Inde (Fermé changement d’exploitant) Ch. Queen-Mary 28 janvier 2009 1000 $
Marché Gloire Av. Victoria 8 février 2011 2750 $
Restaurant Riz et Nouilles (Fermé changement d’exploitant) Ch. de la Côte-des-Neiges 21 septembre 2011 2750 $
Restaurant Pho Hoa Ch. de la Côte-des-Neiges 30 décembre 2010 2000 $

 

Anna Rozanova
Photo : Anna Rozanova

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