Mercredi 18 septembre 2019  
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Le mât totémique de Westmount
Article mis en ligne le jeudi 18 juin
 
Photo René le Clère
Le totem prend maintenant place à la bibliothèque publique de Westmount.
Un mot peut être couramment employé sans que l’on sache quelles sont ses définitions et significations. Ainsi, honnêtement, sauriez-vous discourir sur le vocable « totem »?
Je ne le savais pas. Je viens d’en faire le tour!


Un « totem » (mot algonquien) est un animal, un objet, une plante, auquel de nombreuses communautés traditionnelles du Nord-Ouest canadien se disent unies par un lien surnaturel.
Le mot « totem » (« totem pole » en anglais, se traduit en français par : « mât totémique ») désigne aussi la colonne de bois, sculpté ou peint, parfois les deux, de 10 à 15 mètres de hauteur, représentant le totem d’une famille, d’un clan, d’une tribu.
Le mât totémique est considéré comme le protecteur d’un individu ou comme l’ancêtre mythique représentant un groupe social par rapport à d’autres groupes d’une même communauté.
On le retrouve généralement érigé à l’entrée ou à quelque distance d’une habitation amérindienne appelée le tipi, chez les Amérindiens des Prairies, et le wigwam, habitation qui se rencontrait notamment chez les Algonquins de l’est et du sud du Canada.
Le Musée McCord d’histoire canadienne, à Montréal, possède un impressionnant mât totémique, haut de 10,5 mètres, qui appartient aux Haïdas, de l’archipel de la Reine-Charlotte, en Colombie-Britannique, et dont l’auteur est Unnetlas.
Une visite du Musée d’archéologie et d’ethnologie de l’Université Simon Fraser, sur l’île de Vancouver, me laissa jadis une forte impression sur les cultures amérindiennes, et la ville de Vancouver présente de magnifiques mâts totémiques dans son parc Stanley.
Dans son œuvre, l’une des plus grandes artistes-peintres du Canada, Emily Carr (1871-1945), représenta une multitude de fois des mâts totémiques du Nord-Ouest canadien, avec beaucoup de bonheur. Une exposition de ses œuvres, Emily Carr : nouvelles perspectives sur une légende canadienne, au Musée des beaux-arts de Montréal, de juin à septembre 2007, nous fit découvrir ou redécouvrir ces mâts totémiques aux figures sympathiques, aux couleurs violentes, au nez d’une longueur démesurée, parfois crochu.

Oui, Westmount a bien un mât totémique…
Le mât totémique de Westmount ne mesure pas 10 mètres de hauteur, mais environ 4 mètres.
Modeste peut-être, mais mât totémique néanmoins.
Il a trop longtemps séjourné à l’extérieur, dans un jardin d’une propriété privée des hauteurs de Westmount, puis dans la section réservée aux jeunes du parc Westmount, aussi dans la salle tropicale des Serres de Westmount. Il se retrouve maintenant à la bibliothèque de Westmount, située au 4574 de la rue Sherbrooke Ouest. Pratiquement, jusqu’à tout récemment, personne ne s’intéressait à lui!
Après des recherches, certains spécialistes prirent conscience que le mât totémique devait provenir de Colombie-Britannique, et daterait, semble-t-il, des années 20. Il est donc presque centenaire.
Sa place n’était pas dans la serre tropicale de la Ville. La forte humidité qui y régnait ne lui convenait pas du tout. Il perdit de sa superbe et sa peinture s’écailla… Il dépérissait lentement!
On s’émut, on décida de le toiletter, fixant ses couleurs lavées par la pluie, la neige, le vent, décoloré par le soleil, traitant aussi les parasites qui le dévoraient de l’intérieur et de l’extérieur, notamment des champignons. Notre mât totémique « nourrissait en lui un mal qui le dévorait », aurait pu écrire André Malraux.

Mais d’où vient-il exactement?
Notre mât totémique provient de la propriété de la famille Campbell, alors située au 21, chemin Edgehill, au nord de Boulevard, sur les hauteurs de Westmount.
Lorsque, il y a de cela fort longtemps, la famille décida de vendre la propriété, la Ville de Westmount fit l’acquisition de ce qui était connu sous la désignation des « Jardins Campbell ». Les jardins devinrent alors un lieu d’attraction, notamment à cause du mât totémique ramené par un des membres de la famille lors d’un voyage en Colombie-Britannique, en 1927.

De l’avis des spécialistes…
Notre mât totémique westmountais a été ausculté sous toutes ses coutures. L’artéfact représentait une partie de l’héritage du Canada, mais il ne fut pas possible de déterminer à quelle communauté autochtone précise il appartenait. Des experts se penchèrent sur son gisant. Ils trouvèrent que notre mât totémique ressemblait à ceux trouvés à Wrangell, en Alaska, et que précisément ce genre de mât totémique était devenu très populaire auprès des jeunes sculpteurs du siècle dernier. C’est tout juste s’il n’a pas été soumis aux rayons X, aux ultraviolets, aux infrarouges, et s’il ne fut pas bombardé de particules atomiques!
Notre mât totémique, haut de 4 mètres, se compose de différentes figures sans doute empruntées à l’imagerie du XIXe siècle, à celles des Amérindiens Tlingit, originaires d’Alaska, venus s’installer au Canada au moment de la ruée vers l’or du Klondike.
Du haut vers le bas : cinq têtes mythiques, dont la quatrième est inversée. Les couleurs, passablement délavées, sont, par ordre alphabétique : blanc, bleu, jaune, noir et rouge.
Grâce aux bonnes et louables inten-tions, et aussi à l’argent recueilli par les uns et par les autres lors d’événements spéciaux, le mât totémique vient de prendre place dans la bibliothèque municipale de Westmount, au rez-de-chaussée, en un endroit plus approprié. Il est présenté « tel quel », nettoyé et stabilisé. Il peut maintenant être admiré de tous !

[ René le Clère ]





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