Mardi 23 avril 2019  
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Une femme très distinguée
Article mis en ligne le jeudi 9 avril
 
Photo René le Clère
La maison des sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, sur le boulevard De Maisonneuve.
Au Québec, le patronyme « Gérin-Lajoie » est porté fièrement depuis des générations.
Pensons à Antoine Gérin-Lajoie (1824-1882), auteur de la chanson Un Canadien errant (et du roman Jean Rivard), interprétée dans le monde entier par la chanteuse grecque Nana Mouskouri.
Plus près de nous, pensons à Paul Gérin-Lajoie, ministre dans le gouvernement de Jean Lesage (1960-1966), le premier titulaire du ministère de l’Éducation au Québec (1960-1964), l’un des pères de la Révolution tranquille, et président-fondateur, en 1977, de la Fondation du même nom dont la mission est de contribuer à l’éducation de base des enfants et à l’alphabétisation de leurs parents dans les pays les plus démunis. Quel jeune élève ne connaît pas la fameuse Dictée P.G.L. qui s’adresse aux jeunes francophones?
À l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), rue Saint-Denis, se trouve un grand amphithéâtre appelé « Salle Marie-Gérin-Lajoie ».
Marie est de cette même famille bourgeoise qui donna à la province beaucoup de femmes et d’hommes qui, depuis l’arrivée en 1750 de Jean Jarin (alias Gérin), l’ancêtre originaire de la bourgade Les Échelles (Isère, France), contribuèrent grandement à façonner l’histoire du Québec moderne.
Au Québec, le premier ancêtre, soldat, s’est vu décerner le sobriquet de « Lajoie » en raison de son caractère boute-en-train.
Sur la famille, il suffit de consulter les dictionnaires, les livres et l’Internet. On y trouvera des députés, avocats, curés, hommes de responsabilités, de pouvoir, etc.


Marie Gérin-Lajoie
Marie Gérin-Lajoie (1890-1971) était donc fille de bonne famille, de cette bourgeoisie éclairée qui, dans sa jeunesse, avait sous les yeux le bon exemple. Elle mena durant quelques années une vie mondaine typique des jeunes filles de son époque. Elle était la fille de Marie Gérin-Lajoie mère (1867-1945), née Lacoste. Cette dernière publia en 1902 un traité populaire de droit usuel. Elle est aussi la cofondatrice, en 1906, avec Mme Caroline Béique, du premier mouvement féministe de langue française : la « Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste ».
La jeune Marie est aussi la nièce de Léon Gérin-Lajoie (1863-1951), premier sociologue du Québec, qui a aussi été, en 1933, président de la Société Royale du Canada.
Sa tante n’est nulle autre que Justine Lacoste-Beaubien (1877-1967), fonda-trice, en 1907, de l’hôpital Sainte-Justine voué aux soins de l’enfance et qui est toujours actuellement l’une des grandes institutions hospitalières du pays.
Marie n’est pas à confondre avec une autre Gérin-Lajoie, Caroline (1869-1955) qui, elle, fut la supérieure générale des Sœurs de la Providence, de 1934 à 1946.

Une carrière bien remplie
Première femme bachelière canadienne-française, en 1911, à une époque où les filles ne faisaient pas encore d’études universitaires, Marie Gérin-Lajoie fille œuvra dans le travail social et fut une militante exemplaire pour la cause de l’éducation des femmes. Le livre d’Hélène Pelletier-Baillargeon, publié en 1985, est d’ailleurs intitulé Marie Gérin-Lajoie / De mère en fille, la cause des femmes.
Dans les premières années de son « projet », Marie Gérin-Lajoie comprit qu’elle ne pouvait exercer son action caritative et sociale dans les paroisses en dehors des communautés religieuses.
Marie Gérin-Lajoie chercha longtemps sa vocation et, « appelée par le Seigneur » après des années d’attente, avec l’aide spirituelle des uns et des autres et de la hiérarchie religieuse montréalaise, notamment de « Monseigneur de Montréal », elle fonda, à l’âge de 33 ans, l’Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil. C’était en 1923.
Dans la maison du boulevard Saint-Joseph, elle ouvrira la première école de service social du Québec.
Cet Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil avait aussi pignon sur rue dans Westmount : une maison où les religieuses dévouées, les sœurs Angèle (celle qui fait de la télé), Catherine, Denise (celle dont on parlait souvent avec éloges dans la presse), Dorothée (qui travaillait jadis dans les services secrets du contre-espionnage américain…), Éva, Georgiana, Simone, Yolande, etc., se consacrèrent pendant des décennies au travail social, ouvrant grandement les portes du 4285 de l’avenue de Maisonneuve Ouest (jadis Western Avenue Ouest), d’abord à l’accueil des domestiques, aux cours d’éducation populaire pour adultes, au patronage puis, sous le nom de Centre social d’aide aux immigrants, à l’accueil, à l’hébergement et au service social des immigrants.
Leur coquette maison bourgeoise leur avait été offerte par la famille Riballier des Isles, dont le professeur Ronald Rompkey, Ph. D., de la Memorial University de Terre-Neuve, à St. John’s, a publié en 2007 : En mission à Terre-Neuve/ Charles Riballier des Isles (1885-1903), aux Éditions des presses universitaires de Rennes. La maison est toujours là, actuellement en cours de restauration.
On se rappellera aussi Marie Gérin-Lajoie pour cette pensée, parmi tant d’autres : « Les élites, ce sont celles qui servent les autres. »
La ville de Westmount peut s’enorgueillir grandement d’avoir eu comme résidante Marie Gérin-Lajoie.

[ René le Clère





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