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Gabrielle Laforest
Par la force des choses
Article mis en ligne le jeudi 26 janvier 2012

 
Photo: Marie Cicchini

L’artiste-peintre montréalaise Gabrielle Laforest et le diptyque « Flottement ».

La jeune peintre Gabrielle Laforest nous propose une réflexion sur le rapport entre la picturalité et la textualité dans une exposition inaugurée le 19 janvier dernier à la Maison de la culture de Notre-Dame-de-Grâce.

Rencontrée lors du vernissage, la résidente de NDG a décrit sa peinture comme un parcours d’idées, de mots, d’images et de signes qu’elle recompose dans l’espace pictural. Elle tire sa source de l’écriture, et s’inspire des premières lectures que les hommes ont faites de la carte du ciel étoilé. Ses tableaux ont un bleu profond et opaque bien caractéristique, où elle projette différents éléments isolés ou groupés, qui prennent alors un caractère abstrait, proche du symbole.

La série exposée est le fruit de son projet de maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQÀM. Chaque toile est inspirée du diptyque « Flottement », première œuvre de cette série que l’on aperçoit à l’entrée de la salle. Certains des éléments peints ressemblent à des rubans entremêlés. C’est une écriture imaginée, des phrases qui ont perdu leur lisibilité. Elles sont utilisées dans ce travail pour leur qualité graphique.

« Le goût de l’art abstrait est venu de soi. On peut se laisser entrainer dans des rythmes, un assemblage d’éléments, et prendre possession du grand format. Même le tube de peinture [sur le diptyque] reste dans l’abstrait parce qu’il est décontextualisé. C’est davantage un signe dans l’espace qu’un objet figuratif  », dit-elle.

Pour la dimension de ses tableaux, elle s’en tient à cinq pieds par six. « Une toile de grand format permet “d’entrer” dans l’image. Je peux ainsi faire découvrir un univers. Il n’est pas possible d’obtenir le même effet en peignant une toile de petit format », explique-t-elle.

C’est important pour Gabrielle Laforest puisque tout son travail porte sur la profondeur, l’espace, l’infini. Cette série évoque un bouquet de fleurs, mais aussi le fond marin, le cosmos, et parfois, rien. C’est justement ce que le bleu profond, avec les connotations qui lui sont propres, lui permet d’explorer. Elle y projette des images qui semblent flotter dans le vide. Déjà, deux des sept toiles se sont vendues...

C’est un professeur émérite à l’université Paris-Diderot qui lui a inspiré cette couleur bleue de la Voie lactée. « Anne-Marie Christin a émis l’hypothèse qu’une des premières formes d’écriture est probablement venue de l’observation des étoiles. Les gens ont relié les étoiles dans le ciel et c’était des motifs. Ensuite, c’est devenu une forme d’écriture. Ce fut l’élément déclencheur », dit-elle.

Le style de l’artiste s’est transformé depuis ses débuts. Étant donné qu’elle avait une dyslexie, tout avait commencé par l’écriture sur toile. « Quelqu’un me lisait une dictée, et je l’écrivais sur le tableau », dit-elle. Dans le foisonnement de l’écriture, elle discernait des scènes, des paysages, des motifs. Elle a donc exploré cette nouvelle voie. L’écriture est devenue un acte pictural.

L’artiste a ainsi développé une technique de décalcomanie qui lui permet de décomposer un même signe à différents stades de production et de définition. « Je me suis rendu compte que je reprenais toujours la même série de signes, avec un peu de nostalgie puisqu’ils ont une signification pour moi. Pour aller plus vite, j’ai fait des pochoirs. Quand j’utilise un pochoir, il y a parfois des débris de peinture qui restent dessus, et si je le pose sur une surface, il laisse un léger tracé de la forme. Je me suis donc amusée à décomposer ces éléments, mais de différentes façons », dit-elle.

« Par la force des choses, la main et les procédés de fabrication se sont révélés comme la source de mon écriture imaginée. Grâce à ces divers procédés, les images nouvelles surgissent, créant des liens spatiaux d’une toile à l’autre par leur ressemblance, leur parenté. Cette démarche me permet de consigner une pensée qui n’a pas besoin de paroles, et d’amorcer, par l’usage de l’écriture imaginée, une réflexion sur le rapport entre picturalité et textualité  », explique-t-elle.

À sa jeune trentaine, l’artiste a déjà participé de 2005 à 2012 à des expositions solos et de groupe à Montréal et a collaboré à la réalisation d’un film collectif lors d’une résidence étudiante au Studio national des arts contemporains Le Fresnay, à Tourcoing (France).

L’exposition Par la force des choses se poursuit jusqu’au 26 février à la Maison de la culture de Notre-Dame-de-Grâce.

[ Marie Cicchini ]

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