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Recouvrement de l’autoroute Décarie
« Le projet est dans l’air »
Le projet du recouvrement de Décarie pourrait renaître de ses cendres. Un financier s’y intéresserait.
Article mis en ligne le jeudi 8 septembre 2011

 
Photo: Marie Cicchini

L’architecte Luc Durand a grandi dans une maison à l’angle de la rue Addington et de la Côte-Saint-Antoine.

Gérald Tremblay affirme que le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie serait un investissement au rendement illimité. Mais l’étude de faisabilité technique réclamée haut et fort par l’opposition se fait toujours attendre. Mais qu’advient-il du projet de recouvrement de l’autoroute Décarie? Entrevue avec l’architecte Luc Durand.

Marie Cicchini: À quelles conditions le projet se fera-t-il?
Luc Durand: Le projet se fera si le gouvernement n’a pas à investir autrement qu’en donnant le droit aérien au-dessus de Décarie. Il doit être le plus rentable possible en accord avec la Ville de Montréal et les normes en vigueur.

MC: Quels sont les obstacles?
LD: La réglementation est un frein constant. Il y a peu de réception et de coordination entre les différents départements.

MC: Où en est le projet?
LD: Le projet existe, s’améliore et se précise. Tout récemment, un financier s’est intéressé à la question et procéder par étapes qui ont déjà été autorisées. Le terrain demande un entretien, un budget allongé dans le temps, une construction de qualité. On l’a vu avec l’autoroute Ville-Marie. Comme on ne peut divulguer ni qui est le promoteur, ni comment ça se produit, le projet est dans l’air.

MC: Quelle est la prochaine étape?
LD: Aussitôt que le droit aérien est acquis, le terrain devient une propriété privée. Officiellement, l’entreprise peut démarrer. Il y a un financier qui veut faire sa marque dans le territoire de Montréal et que l’argent investi serve à quelque chose d’autre que faire de l’argent, qu’il y ait une qualité dans le produit. C’est une immense fortune, et comme toutes les grandes fortunes, elles ont des actions sociologiques, c’est l’amélioration des quartiers. C’est un projet d’une vingtaine d’années à faire en quelques étapes. Il est en train d’étudier un projet très important, et Décarie est le deuxième.

MC: Pourquoi recouvrir Décarie maintenant?
LD: Ça faisait partie des projets du gouvernement. Ça n’a jamais été fait sans doute parce que l’autoroute a été construite en même temps que le réseau qui devait desservir l’Expo 67. Les contribuables l’ont financé au fur et à mesure et ça a fait monter le coût de la vie à Montréal. Il aurait fallu qu’une vingtaine de services travaillent en collaboration, mais Hydro-Québec, Gaz Métro, les égouts, tout marche avec des contrats gouvernementaux. Les grids d’occupation du sol pour les pompiers et la police se superposent. Il n’y a pas de coordination et ça ne marche pas ensemble. Il y a toujours des conflits partout quand il y a des chantiers. La Faculté d’environnement et d’aménagement de l’Université n’existait pas au début de mon projet.

MC: Est-ce qu’il faut tout reconstruire?
LD: On traverse une période de création d’équipements et Décarie devient un objet qui permet de faire cette coordination. L’Université McGill s’intéressait à construire sur les droits aériens. Ça aurait permis une construction rapide et économique.

MC: Est-ce que le moment est bien choisi?
LD: Au cours de l’évolution de ce projet, j’ai acquis beaucoup d’expérience et de connaissances dans différents pays ou en travaillant avec de grandes entreprises de construction qui font des curiosités. L’expérience a été faite plusieurs fois et il est temps d’investir à long terme dans un projet d’envergure qui permettra de corriger les erreurs.

MC: Quels en seraient les bienfaits ou retombées?
LD: Le projet traverse une zone d’habitation assez ancienne. Mon père, Lucien Durand, était un promoteur immobilier qui construisait et louait dans Snowdon jusqu’à Hampstead et sur le boulevard Décarie, Snowdon, Queen-Mary, Dupuis et Van Horne. Ce sont des maisons faites en brique, en bois et en plâtre et il n’y a presque pas d’isolant. À l’époque, le charbon ou l’huile de chauffage ne coûtaient pas cher. Il y a une dégradation tout le long du boulevard Décarie. Les bâtiments sont vétustes, les habitants ont la maladie du boulevard Décarie. Un ophtalmologue, un néphrologue, et un généticien de l’Hôpital Sainte-Justine rapportent une augmentation des enfants de cette région admis pour cause de la proximité de la pollution.

MC: Comment avez-vous obtenu le droit aérien?
LD: Il y a une concentration énorme de pollution dans la tranchée. C’est comme un immense contenant où les gaz et les poussières se déposent puis sont projetés dans le quartier. À 300 m de chaque côté, cette pollution est très forte et dangereuse. C’est ce qui a convaincu le ministre des Transports Jacques Brassard de donner le droit aérien si une entreprise privée veut recouvrir l’autoroute. Avec des études comparatives portant sur divers murs de protection le long de l’autoroute et une dalle avec évacuation et récupération de poussière, on est arrivés à un équilibre intéressant.

MC: Combien coûterait un tel projet?
LD : On peut aussi prouver que la construction de la dalle à construire pour faire un parc linéaire de 4 km si le droit aérien est donné va compenser le prix marchand du terrain. Donc on récupère du terrain et on peut densifier, faire du transfert de populations quand on fait des rénovations limitrophes, et on peut insérer ces gens dans des bâtiments neufs et graduellement faire un projet qui se tient.

MC: Comment peut-on réparer les erreurs du passé?
LD: Il faut penser à équilibrer toutes ces choses-là. Sur chaque viaduc sera construit un immeuble avec accès pour piétons aux quatre coins de rues avec des tours d’ascenseurs qui serviront à l’évacuation des gaz, à la récupération de l’énergie, à l’évacuation de secours. Depuis chaque coin de rue, les piétons pourront passer par-dessus Décarie dans une place qui sert de base à des immeubles à logements de 6 ou 7 étages. On pourra déplacer les gens dans des immeubles neufs et on pourra faire de la rénovation intelligente, développer une pensée urbanistique et cesser de s’automutiler.

MC: Est-ce que ça pourrait réparer le tissu social?
LD: On peut insérer 7000 à 8000 voitures dans la dalle qui sera une structure assez haute pour des stationnements, et aménager par-dessus un parc linéaire, un tramway et une piste cyclable et piétonnière. Il faut que l’énergie vienne du volontariat des gens. Si les gens se mettent contre, ils s’autodétruisent encore plus.

[ Marie Cicchini ]

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